Blog de Wally

Ce qui est hors des gonds de la coutume, on le croit hors des gonds de la raison. - Montaigne

Chronique de la bétise ordinaire

J’ai longtemps gardé le silence sur ce que l’on pourrait appeler l’affaire Sevran mais l’écoute d’une émission sur Europe 1 où ce même Sevran était l’invité de Jean-Marc Morandini, donneur de leçons à géométrie variable, me fait sortir de ma réserve.

Ecouter l’ensemble du propos

Dans son livre, Le privilège des jonquilles, paru chez Albin Michel en janvier 2006, Pascal Sevran donnait son avis sur la situation du continent africain, imputant à la «bite» des Noirs la famine en Afrique. Le passage devenu fameux se trouve page 214 :

«Le Niger. Safari-photo insoutenable. Des enfants qu’on ramasse à la pelle dans ce pays (est-ce un pays ou un cimetière ?) où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde. Neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout va. La mort est au bout de leur bite, ils peuvent continuer parce que ça les amuse, personne n’osera leur reprocher cela, qui est aussi un crime contre l’humanité : faire des enfants, le seul crime impuni. On enverra même de l’argent pour qu’ils puissent continuer à répandre, à semer la mort.»

Rabaisser les Nigériens au rang de copulateurs sans cervelle, donc à des animaux, n’a évidemment rien de raciste…

Pour justifier le fait que ces propos ne sont pas racistes, Pascal Sevran nous sort ses certificats es bonne conscience, ses soutiens inconditionnels et inattaquables : Jack Lang, Bertrand Delanoë, …France Gall. Jack Lang niant le caractère raciste qui sous-tend ces propos consent à les qualifier de «baroques».
Pourrait-on avoir proféré des propos racistes et surtout très stupides et blessants et être soutenu par de telles icônes morales. Il semble que oui, hélas.
Quelqu’un de non raciste peut-il tenir des propos racistes sans s’en rendre compte ? Evidemment oui. C’est même précisément le propre du racisme ordinaire, le plus dangereux.

La différence entre un raciste et un non raciste c’est que le deuxième, lorsqu’on lui fera remarquer les idées que sous-tendent de tels propos les retirera simplement avec un mot d’excuses. L’autre au contraire se parera dans ses certitudes sans revenir dessus.

Question de Jean-Marc Morandini : Vous n’avez jamais pensé présenter votre démission ?
Pascal Sevran : Mais attendez, cela aurait voulu dire “Ben voilà je me suis très mal conduit, je m’en vais.” Il n’en a pas été question une seule seconde.

Je vous conseille d’écouter l’ensemble du propos et notamment le passage ou Claudy Siar (animateur radio à RFI) s’invite dans le débat en appelant l’émission. Accueil enthousiaste de Sevran pensant trouver là un soutien de plus. Il faut préciser pour ceux qui ne le saurait pas que Claudy Siar est noir.
Déconvenue et changement de ton lorsque Sevran s’aperçoit que l’intervention sera moins amicale que prévu. Quel mépris pour ses contradicteurs. Quelle bassesse. A l’image de la médiocrité du personnage.

Je dirais pour finir que lorsqu’il s’agit des Noirs il n’est jamais question de racisme, quand une personnalité publique tient ce genre de propos.
Après Finkielkraut et ses propos sur les Antillais et l’équipe de France de foot Black, Black, Black, après Georges Frèche et ses mêmes propos concernant cette même équipe de France de foot (d’ailleurs on attend toujours la décision du PS de l’exclure), voila maintenant Pascal Sevran et ses propos sur la bite des Africains. Remarquons qu’il se trouve toujours une autre personnalité pour venir défendre ces individus. On parle alors de dérapage, de propos stupides, ou on feint de ne pas les avoir entendus, mais ô combien jamais de racisme.

Imaginez un seul instant un noir, tenant des propos de la sorte concernant la bite des Arabes ou des Juifs. Aurait-on vu les mêmes soutiens monter au créneau ?
La route est encore longue.

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