10 février 2007
“Le chômage est facile à résoudre, il suffit de créer du travail…”
Doc Gyneco.
Ce qui est hors des gonds de la coutume, on le croit hors des gonds de la raison. - Montaigne

10 février 2007
“Le chômage est facile à résoudre, il suffit de créer du travail…”
Doc Gyneco.
31 janvier 2007
“Je m’intéresse à l’avenir car c’est là que j’ai décidé de passer le restant de mes jours.”
| Albert Einstein | ![]() |
24 janvier 2007
Si je devais définir Jean-François Deniau, je dirais qu’il fut ambassadeur, ministre, écrivain, académicien, négociateur sur de nombreux terrains de guerre (Afghanistan, Bosnie, Erythrée, Cambodge, Kurdistan, Liban,…), membre de la commission européenne, baroudeur, député, journaliste, marin et surtout honnête homme en colère, curieux du monde et des hommes.
Il vient de s’éteindre dans l’indifférence quasi-générale. Je m’étonne d’en être étonné. L’abbé Pierre et Jean-François Deniau nous quittent dans la même semaine. Sale temps pour la colère. L’époque est au consensus et au sourire. Il ne fait pas bon être contre et le dire. “Il faut savoir garder sa capacité d’indignation” disait l’abbé.

Je ne peux que vous conseiller pour en apprendre plus sur ce personnage hors du commun la lecture de ses deux tomes de mémoires intitulés “Mémoires de 7 vies ». Pour les plus paresseux, un plus petit ouvrage : “Ce que je crois ».
Mais trêve de bavardages. Je lui laisserai la parole avec quelques extraits tirés de ses différents livres :
“J’ai vécu parmi des populations dites «primitives» parce qu’elles sont un peu plus subtiles que nous. Dans leur langue, contrairement à nous, elles appellent le passé ce qui est devant soi. Parce que le passé est connu, on peut le voir. Il n’inquiète pas. Et elles appellent l’avenir, contrairement à nous, ce qui est derrière soi. Parce que l’avenir est ce qu’on ne voit pas, ce qu’on ne connaît pas et donc qu’on redoute autant qu’on l’espère.”
“…Pour qu’on sache partout, dans tous les cœurs, qu’il était possible de se soulever. Gagner, c’était une autre affaire, cela viendrait un jour.”
“Hors de toute hiérarchie et de tout réseau, un homme, seul, souvent sans grade ni expérience dit «non». Un jeune homme en vacances saute dans un bateau de pêche et rejoint l’Angleterre. Deux jeunes gens en pique-nique sur une plage normande à la fin de l’été 40 recueillent un pigeon voyageur : c’est le début d’un réseau. Pas de règles. Rien que des particuliers. Des «originaux», comme on disait avec mépris. Les originaux ont gagné.”
“L’espérance commence avec le refus de désespérer. Comme le courage, la vie, l’honneur des hommes : avec la capacité de dire non”
“Les autorités qui font des phrases dans les réunions de cabinet ont-elles jamais compté le poids de leurs mots en morts ?”
“La dégradation d’un régime ou d’une époque se manifeste quand se répand la formule « puisque tout le monde le fait. »”
“Talleyrand, nommé ministre, a comme première parole : «Maintenant, je vais faire une immense fortune. » On connaît l’opinion de Napoléon sur Talleyrand : «de la merde dans un bas de soie».
Le régime actuel manque de bas de soie.”
“Comment avoir été si désordonné pour à la fois en faire trop et si peu ? Si peu que de ne pouvoir laisser en testament que pêle-mêle tout ce que j’ai désiré, voulu, cherché, cru et parfois osé. J’aurais pu, j’aurais pu, le voilà, le mode du malheur. Pardonnez-moi, ceux que j’ai aimés trop, mal, pas assez, jamais assez. oubliez-moi, amis déçus, essais abandonnés, espoirs sans suite. Que vive ce monde immense et les autres plus grands encore, forêts magiques, océans étoilés, horizons plus lointains, nuits sans frontières, monstres des profondeurs. A vous peuple sans nom de la chaîne des temps, fantômes de nos pères et de nos petits-fils, passants de notre histoire, vagabonds de nos rencontres, inconnus de nos songes, salut. Dans un poing serré peut-on enfermer le vent ? Salut le vent. Il reste un peu de sable sous les ongles. Salut le sable. Un peu de sel sur les lèvres. Salut la mer. Je lègue tous les souvenirs dont j’ai rêvé et que je n’aurai jamais. Saluez les enfants pour moi.”
13 janvier 2007
Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui parait bête.
(André Gide, “Le voyage au Congo », 1926)
J’ai longtemps gardé le silence sur ce que l’on pourrait appeler l’affaire Sevran mais l’écoute d’une émission sur Europe 1 où ce même Sevran était l’invité de Jean-Marc Morandini, donneur de leçons à géométrie variable, me fait sortir de ma réserve.
Dans son livre, Le privilège des jonquilles, paru chez Albin Michel en janvier 2006, Pascal Sevran donnait son avis sur la situation du continent africain, imputant à la «bite» des Noirs la famine en Afrique. Le passage devenu fameux se trouve page 214 :
«Le Niger. Safari-photo insoutenable. Des enfants qu’on ramasse à la pelle dans ce pays (est-ce un pays ou un cimetière ?) où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde. Neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout va. La mort est au bout de leur bite, ils peuvent continuer parce que ça les amuse, personne n’osera leur reprocher cela, qui est aussi un crime contre l’humanité : faire des enfants, le seul crime impuni. On enverra même de l’argent pour qu’ils puissent continuer à répandre, à semer la mort.»
Rabaisser les Nigériens au rang de copulateurs sans cervelle, donc à des animaux, n’a évidemment rien de raciste…
Pour justifier le fait que ces propos ne sont pas racistes, Pascal Sevran nous sort ses certificats es bonne conscience, ses soutiens inconditionnels et inattaquables : Jack Lang, Bertrand Delanoë, …France Gall. Jack Lang niant le caractère raciste qui sous-tend ces propos consent à les qualifier de «baroques».
Pourrait-on avoir proféré des propos racistes et surtout très stupides et blessants et être soutenu par de telles icônes morales. Il semble que oui, hélas.
Quelqu’un de non raciste peut-il tenir des propos racistes sans s’en rendre compte ? Evidemment oui. C’est même précisément le propre du racisme ordinaire, le plus dangereux.
La différence entre un raciste et un non raciste c’est que le deuxième, lorsqu’on lui fera remarquer les idées que sous-tendent de tels propos les retirera simplement avec un mot d’excuses. L’autre au contraire se parera dans ses certitudes sans revenir dessus.
Question de Jean-Marc Morandini : Vous n’avez jamais pensé présenter votre démission ?
Pascal Sevran : Mais attendez, cela aurait voulu dire “Ben voilà je me suis très mal conduit, je m’en vais.” Il n’en a pas été question une seule seconde.
Je vous conseille d’écouter l’ensemble du propos et notamment le passage ou Claudy Siar (animateur radio à RFI) s’invite dans le débat en appelant l’émission. Accueil enthousiaste de Sevran pensant trouver là un soutien de plus. Il faut préciser pour ceux qui ne le saurait pas que Claudy Siar est noir.
Déconvenue et changement de ton lorsque Sevran s’aperçoit que l’intervention sera moins amicale que prévu. Quel mépris pour ses contradicteurs. Quelle bassesse. A l’image de la médiocrité du personnage.
Je dirais pour finir que lorsqu’il s’agit des Noirs il n’est jamais question de racisme, quand une personnalité publique tient ce genre de propos.
Après Finkielkraut et ses propos sur les Antillais et l’équipe de France de foot Black, Black, Black, après Georges Frèche et ses mêmes propos concernant cette même équipe de France de foot (d’ailleurs on attend toujours la décision du PS de l’exclure), voila maintenant Pascal Sevran et ses propos sur la bite des Africains. Remarquons qu’il se trouve toujours une autre personnalité pour venir défendre ces individus. On parle alors de dérapage, de propos stupides, ou on feint de ne pas les avoir entendus, mais ô combien jamais de racisme.
Imaginez un seul instant un noir, tenant des propos de la sorte concernant la bite des Arabes ou des Juifs. Aurait-on vu les mêmes soutiens monter au créneau ?
La route est encore longue.
2 janvier 2007
Un Jordanien a été arrêté pour avoir tenté d’escroquer un agent de change en lui présentant de faux papiers… avec la photo de Brad Pitt.
30 décembre 2006
Patates au caviar
Cuire de jolies pommes de terre à chair ferme non pelées.
Les déguster avec une livre de béluga impérial.
C’est très cher mais pas compliqué.
Gérard Oberlé
Paru dans Lire il y a un an.

© Franck Courtès
«La nature, en vous faisant naître, vous étrenna de ses plus doux attraits», écrivait Voltaire à une amie qui sans doute vous ressemblait, ma chère Emilie. Le verbe de ce distique est de saison. Etrennons donc ad perpetuam rei memoriam! Après la fanfare, le pompier! Après le boueux, le postier! Etrennons la bignole et le coursier, le toubib et le plombier, étrennons les parents terribles, les orphelins de la police, les mendiants ingrats, les servantes maîtresses, les vignerons et les barmaids, sans oublier nana et monsieur le Curé. Etrennons aussi l’Amicale des taquineurs de goujats, celles des peigneurs de girafes, des caresseurs de vieilles Muses départementales, des ramasseurs de feuilles mortes et celle des amants désunis, et quand il n’y aura plus personne à bakchicher, nous nous étrennerons nous-mêmes. «Charité bien ordonnée et les vaches seront bien gardées», dit le proverbe. Est-ce que vous croyez toujours au Père Noël? Je vous entends glousser! Passons donc sans regret sur ce vieux schnock qui, dans les années 1930, tapinait pour une marque de soda yankee et voyons plutôt d’où vient la coutume des étrennes. J’ai en main un svelte et raffiné petit livret tout de blond vêtu et doré sur tranches, titré: De l’origine des étrennes. L’érudit voyageur lyonnais Jacob Spon le donna en 1674 comme étrennes à un conseiller du duc de Wurtemberg. C’est chez Symmachus, un des derniers défenseurs du polythéisme en Occident, qu’il a puisé ses informations. Vers la fin du IVe siècle, quand les nouveaux sectateurs christianisaient les vieux temples romains, le «paganisme» tenta un ultime combat. Avant d’agoniser, les anciennes divinités élevèrent une éloquente mais vaine protestation par la voix de Symmachus. De ce grand homme il ne reste que les Lettres, des épîtres dans le genre de celles de Pline le Jeune où les curieux peuvent butiner comme fit Monsieur Spon. D’après Symmachus, l’usage des étrennes fut introduit sous les premiers rois de Rome. Comme marque de déférence, on envoyait aux magistrats des rameaux de verveine cueillis dans le bois sacré de Strenia, la déesse de la bonne santé. De là le nom strena qui signifie «étrenne». A cette tisane on joignit ensuite des figues, des dattes et du miel, pour souhaiter aux amis une année douce et sucrée. Sous les Césars, les étrennes se firent mirifiques. Le grisbi remplaça le pot de miel, la nouvelle aristocratie chrysogène trouvant que leurs ancêtres furent bien naïfs de croire le miel plus délectable que l’or et l’argent.
Si le mot étrenne vient de Rome, il n’en va pas de même pour la coutume elle-même qui a toujours existé un peu partout. Sur nos vieilles collines du Morvan, ça n’est pas la verveine latine, mais le gui que les druides allaient cueillir pour l’an neuf. Mais inexorablement, l’Eglise condamna tout ce qui pouvait rappeler un culte qu’elle abominait. Ceux qui persistaient à célébrer le jour de l’an par des danses, des mascarades et des cadeaux étaient excommuniés. Au Moyen Age, les talibans catholiques qualifièrent ces présents d’étrennes diaboliques. Pure tartufferie: des fêtes chrétiennes remplacèrent les joyeusetés idolâtres, mais l’arrosage obligatoire se maintint sous tous les régimes. Imitant les derniers Césars, les rois modernes tenaient des cours où les vassaux venaient déposer à leurs pieds une moisson de cadeaux liquides et solides. Avec la République, ce fut le «monde à l’envers»: les grands se mirent à distribuer des étrennes aux humbles, et les maîtres récompensèrent les serviteurs.
17 décembre 2006
Trouvé dans “Libération” du samedi 16 décembre 2006.

Les photos de la fiche de police
de F. Delgado et F. Granado.
“Le 13 août 1963, les anarchistes Joaquín Delgado et Francisco Granado sont condamnés à mort par le régime franquiste pour «terrorisme», à l’issue d’un conseil de guerre expéditif. Les deux hommes, rapidement exécutés, sont accusés d’avoir posé des bombes à Madrid. Erreur judiciaire plus que prouvée puisque, il y a une dizaine d’années, les vrais coupables ont reconnu publiquement leur responsabilité.
Depuis, les défenseurs des «Sacco et Vanzetti espagnols» se battent pour que l’Etat abroge la sentence. Peine perdue : mercredi, le Tribunal suprême a mis son veto à la révision du procès.
«Mémoire historique». Cet exemple emblématique est au coeur du très polémique débat parlementaire qui a commencé jeudi. Il porte sur un projet de loi dit de «mémoire historique», l’un des plus sensibles de la législature du socialiste José Luis Rodríguez Zapatero, censé solder le contentieux sur la guerre civile (1936-1939) et la répression franquiste. Le texte ne prétend pas désigner des coupables dans ce pays sans «commission de la vérité», aucun dirigeant de la dictature n’a été ni ne sera jamais poursuivi. Le projet parle de «réparer les injustices» : éradiquer les symboles persistants de la dictature (statues du Caudillo, plaques commémoratives, noms de rues…) ; aider à l’exhumation des républicains fusillés puis jetés dans des fosses communes ; interdire tout hommage à Franco dans son mausolée du Valle de los Caídos, près de Madrid.
Dans cette batterie de mesures inédites, la question des sentences rendues sous la botte franquiste est la plus épineuse. Jusqu’à la mort du dictateur, en 1975, des dizaines de milliers d’opposants au régime ont été jugés sommairement par des conseils de guerre ou des «juridictions spéciales» avant d’être, le plus souvent, fusillés. Les conservateurs du Parti populaire (de droite), lointains héritiers du franquisme, exigent le retrait du projet de loi dans sa totalité, car il «risque de diviser une nouvelle fois les Espagnols» et «rouvre des blessures qui étaient cicatrisées». Le sujet des procès sommaires franquistes leur paraît a fortiori inacceptable : «Cette idée de réviser tout cela est une monstruosité, dit un porte-parole du Parti populaire. Laissons le passé là où il est !»
Stade symbolique. Bien plus fâcheux pour les socialistes au pouvoir : leurs alliés naturels, de gauche, fustigent aussi le projet de loi, mais pour des raisons diamétralement opposées. Dans son projet, le gouvernement de Zapatero propose une «reconnaissance morale de l’injustice» donc sans valeur juridique qu’ont supposée les condamnations dictées par les juges franquistes. Mais les socialistes espagnols ne veulent pas dépasser ce stade symbolique. Or les écolo-communistes mais aussi les nationalistes (basques, catalans et galiciens) veulent, eux, que l’Etat espagnol déclare la «nullité» de toutes les sentences prononcées sous la dictature. «Nous ne demandons pas un Nuremberg en Espagne, il ne s’agit pas de juger quiconque, dit l’indépendantiste catalan Joan Tarda. Mais il faut annuler ces procès illégitimes.» Et surtout, à ses yeux, celui de Lluís Companys, ancien chef de l’exécutif autonome de Catalogne, condamné à mort par un tribunal franquiste.
Peu après la mort d’Augusto Pinochet, arrêté à Londres en 1998 sur ordre du juge espagnol Baltasar Garzón, certains voient un énorme paradoxe dans le refus d’annuler les procès sommaires du franquisme. «D’un côté, on fait avancer le principe de justice universelle, dit l’écolo-communiste Joan Herrera. De l’autre, on persiste dans l’amnésie vis-à-vis de notre dictature. Comment trouver normal que les jeunes Espagnols connaissent mieux les crimes au Chili que ceux de Franco ?» “