Trouvé sur le site d’ACRIMED, cette savoureuse narration par Arnaud Rindel d’une émission “Campus” de Guillaume Durand :
Aux malheureux qui n’auraient pas eu la chance de se trouver devant leur téléviseur durant la soirée du 2 octobre 2003, j’aimerais faire partager mon émerveillement devant les sommets qu’a atteint, ce soir là, la réflexion intellectuelle sur le plateau de “Campus », l’émission “littéraire” de France 2.
Guillaume Durand […] recevait, entre autres, Daniel Schneidermann, illusion critique dominicale sur France 5, ainsi que le «philosophe» Alain Finkielkraut.
Sept invités en tout, réunis pour l’occasion autour du thème « les médias et l’histoire », que Guillaume élargit rapide- ment, « parce qu’au fond, c’est toute la question du vingtième siècle qui est en cause, la question du mal […]
et du rapport qu’elle entretient avec l’histoire». Rien que ça.
[…] Et parmi tous ces VRP des plateaux télévisés, il en est un en particulier qui a su, ce jour là, combler toutes les attentes des amateurs de brèves de comptoir et « d’intellectuels non aboutis ». Un homme qui n’hésite jamais à faire généreusement profiter tout le monde de ses opinions, surtout – allez savoir pourquoi – quand personne ne les lui demande (et pas de bol il semble en avoir pratiquement sur tout), […] je veux bien entendu parler de l’inénarrable Alain Finkielkraut.
Après un échauffement en douceur et un petit temps de récupération silencieuse, le philosophe déploie enfin tout son talent. Dans le silence religieux que seuls les grands esprits savent naturellement imposer à l’assistance, la machine à penser Finkielkraut se met en marche…
« Qu’on parle d’emballement médiatique, ou de cauchemar médiatique, ça me paraît tout à fait légitime […] mais je crois qu’il y a un autre cauchemar à côté de celui là, qui n’est pas simplement le cauchemar historique, qui est… euh, le… si vous voulez, il y a le danger de la crédulité, et il peut y avoir une espèce de « cauchemar du soupçon » qui peut déboucher sur la négation, et sur la pensée du complot. Je constate que nous vivons au siècle des images, et jamais la pensée du complot ne s’est aussi bien portée. Que dit le complot ?… enfin, que dit la pensée du complot ? Elle dit : ne vous fiez pas aux apparences. Ne vous fiez pas aux apparences, tout ce qui se passe, se passe derrière les apparences. Les apparences mentent. Et là on a des exemples constants. Et ça c’est des cauchemars. On a le cauchemar Thierry Meyssan, qui vous explique en effet qu’il ne s’est rien passé au Pentagone. J’ai lu un article très intéressant dans Le Monde il y a quelques jours de Georges Marion, nous expliquant que 19 % des Allemands (…/…) »
Là, Guillaume commence à se demander si ça ne fait pas trop d’intelligence d’un coup pour les téléspectateurs. Devant le danger de surdose, il tente, avec toute la subtilité qu’on lui connaît, de signaler à Alain qu’il serait peut-être temps d’interrompre le flot de génie philosophique déversé sur l’auditoire. Mais le sujet est trop grave pour que celui-ci s’arrête en plein vol…
Suite de l’envolée lyrique sur le site d’Acrimed.