La liberté de ne pas penser…
20 octobre 2008

A propos de l’assassinat de Georges Besse, Jean-Marc Rouillan avait répondu : « Je n’ai pas le droit de m’exprimer là-dessus… Mais le fait que je ne m’exprime pas est une réponse. Car il est évident que si je crachais sur tout ce qu’on avait fait, je pourrais m’exprimer. »
Il s’est vu retiré son régime de semi-liberté non pour avoir dit qu’il ne regrettait pas l’assassinat de Georges Besse mais pour ne pas avoir dit qu’il le regrettait. Autrement dit ce qu’on lui reproche n’est plus ce qu’il a fait mais ce qu’il en pense. Ce n’est plus un acte délictueux pour lequel il a purgé sa peine qu’on lui reproche mais ses idées. Comment peut-on s’arroger le droit d’interdire à quelqu’un de penser ce qu’il pense ? Eusse t’il tort ou raison. Comment même penser que ce puisse être possible. Seules les dictatures se donnent encore l’illusion de pouvoir contrôler les pensées des gens et condamnent à la “rééducation” ceux qui ont le tort de ne pas penser comme il faut.
Est-il nécessaire de préciser que je n’ai aucune indulgence pour les assassinats commis par Action direct et que je ne leur trouve aucune excuse recevable.
A ce sujet, un article du philosophe Michel Onfray paru dans Siné Hebdo du 8 octobre 2008.
« J’échange des lettres depuis plus de trois années avec Georges Cipriani qui se trouve en prison pour l’assassinat du marchand d’armes René Audran en 1985, et celui du PDG de Renault, Georges Besse, en 1986. Il y a eu un procès, une condamnation, une peine effectuée : le militant d’Action directe a payé, paie, mais devrait payer encore une éternité s’il devait vivre une éternité.
Je ne défends pas ces assassinats que je trouve odieux et inutiles, sinon accélérateurs du processus autoritaire dans une démocratie qui n’attend que ça pour se réduire comme une peau de chagrin. La révolution, si elle devait se faire, ne s’enclencherait pas avec ce genre de rituel barbare.
Pour autant, la privation de liberté peut se justifier dans le cas d’une dangerosité sociale. Je ne fais pas partie des naïfs qui voudraient ouvrir les portes des cellules avant, la plupart du temps, de transformer la société tout entière en prison. Va donc pour la geôle. Mais sûrement pas comme elle fonctionne actuellement : autrement dit comme une machine à humilier, décérébrer, mépriser, avilir, détruire, casser, briser, salir. Qu’in ne s’étonne pas que dans ces endroits, ces damnés de la terre cherchent recours dans le ciel et trouvent dans un islam radical un cordial à leur dimension…
On ne peut visiter Cipriani sans un parcours du combattant administratif et bureaucratique qui décourage les meilleures volontés ; on ne peut transmettre de CD, par exemple ceux de mes cours à l’Université populaire ; on ne peut, évidemment, lui téléphoner ; les courriers sont lus et censurés. Que veut-on ? En plus de priver de liberté, priver de dignité et d’humanité. Renvoyons à l’article 5 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme qui stipule : “Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.” Nous sommes en plein dedans…
Je trouve dès lors assez pervers qu’on exige de son compagnon Jean-Marc Rouillan, qui est en semi-liberté, de ne pas s’exprimer sur sa peine, et qu’on menace de la reconduire vers une perpétuité s’il déroge. Il veut s’exprimer et assez probablement confirmer ses actes passés, dire qu’il est sans regret. Si tel est le cas, il aurait tort. Mais tout ceux qui font des gorges chaudes en citant Voltaire qui aurait dit : “Je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrait toute ma vie pour que vous puissiez le dire” regardent leurs chaussures et observent un silence pénétrant…
Il a payé. Qu’on lui donne donc plein et entier usage de sa liberté, y compris pour en faire un mauvais usage, car c’est à la tolérance du mauvais usage de la liberté qu’on mesure son degré et son étendue. »


Nouvelle Orléans
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